Mon Tintin préféré (et pourquoi celui-là)

Étant un peu tintinophile, je me rappelle de détails des histoires, des noms de lieux ou de personnages de Tintin, et pour ces derniers je dirais même plus pouvoir facilement citer l’album de leur apparition, ou une phrase qu’ils ont prononcé. Les éditions Moulinsart, destinées à faire fructifier le fond Hergé, publient actuellement pléthore de pots-pourris, extraits de dessins regroupés par thèmes, sans véritable intérêt. Le dictionnaire des noms des 350 personnes (ou animaux), dont d’ailleurs moins de dix de sexe féminin, ou celui des 220 injures du capitaine Haddock, ne sont que des curiosités (pour les anacoluthes ou les moules à gaufre).injures

Ressortent aussi un grand nombre de fac-similés des premières éditions, qui ont en revanche l’avantage de permettre la comparaison entre les planches originales et les rééditions actuelles, et d’admirer le travail de ré-assemblage et les coupures effectuées pour la mise en album. Les meilleurs exemples sont les sept boules de cristal, qui paraissaient sous forme de strips dans le quotidien Le Soir, entre 1942 et l’arrivée des alliés à Bruxelles le 3 septembre 1944, où la publication fut interrompue, suivi du Temple du Soleil, épisodes parus dans le journal Tintin du 26 septembre 1946 au 22 avril 1948, plus fournis que la version brochée qui devait comporter les 62 pages réglementaires.temple

On peut parler également des trois versions de L’Ile Noire, histoire créée en 1937 en noir et blanc dans Le Petit Vingtième, supplément jeunesse du journal Le Vingtième Siècle, reprise en 1943 en couleur, et enfin en 1965 dans le journal, où plusieurs planches ont été complètement redessinées afin de les rendre plus modernes. On oublie la locomotive à vapeur…ileNBIleC

La seconde guerre mondiale a interrompu la parution du pays de l’or noir, avant que Tintin ne rencontre l’Émir Ben Kalish Ezab et son « petit oiseau en sucre », Abdallah.  Deux pages inédites montrent comment le docteur Müller abandonne Tintin dans une tempête de sable, idée transformé par la suite avec l’intervention des Dupondt.

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Repris en 1948, colorisé et terminé dans le journal Tintin, certains dessins ont ensuite été complètement modifiés dans les ré-éditions plus récentes pour raisons politico-historiques, avec la disparition de toute allusion à la guerre de Palestine, alors sous contrôle Britannique. Voici les trois périodes (premières planches dans le Petit Vingtième en 1939, planches colorisées dans le journal après la guerre, et l’édition actuelle) :

C’est à mon avis pendant les années cinquante que les scénarios d’Hergé ont été les plus réussis. L’âge d’or de Tintin, aussi bien le reporter que le journal, se situe à cette période, avec  la parution conjointe des aventures de Corentin, par Cuvellier, la sortie des meilleures séries d’E.P. Jacob, comme le mystère de la grande pyramide et la Marque jaune, et la série bleue des aventures de Bob et Bobette, de Willy Vandersteen, dont j’ai parlé précédemment.

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Après le succès d’Objectif Lune et de sa suite, c’est l’Affaire Tournesol, suivi de Coke en stock, qui ont montré le génie d’Hergé. Entre les deux mon cœur balance… L’Affaire Tournesol est une histoire d’espionnage dans une ambiance de guerre froide, Coke en stock une aventure mouvementée dans un pays arabe et en mer rouge. Mais c’est le premier qui m’a donné le plus de plaisir, avec l’apparition de Séraphin Lampion, des assurances Mondass, la confrontation entre les Bordures et les Syldaves au bord du lac Léman, la poursuite en hélicoptère puis en voiture italienne, le gag du sparadrap, et enfin les moustaches de Plekszy-Gladz,  le dictateur Bordure, moustaches que l’on retrouve à tous les coins de rue, et même sur les accents circonflexes.affairetournesol affairetournesol1

Par la suite il y aura les retrouvailles avec Tchang, victime d’un accident d’avion au Tibet, un peu trop mièvre à mon goût. Les bijoux de la Castafiore et le vol 714 pour Sydney amorcent le déclin, qui se confirme avec les Picaros. Et il n’était pas vraiment nécessaire de publier les brouillons de l’Alph-Art, qui resteront définitivement illisibles pour la postérité.

© Hergé/Moulinsart

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2 commentaires sur “Mon Tintin préféré (et pourquoi celui-là)
  1. brieuc dit :

    Merci, j’ai eu des réactions critiques d’admirateurs des bijoux de la Castafiore, mais je maintiens ma position, particulièrement sur toute la partie (graphiquement catastrophique) de la télé couleur inventée par Tournesol…

  2. Alain dit :

    Sympa ce blog sur Tintin et très bien fait. Entièrement d’accord avec ceci « Par la suite il y aura les retrouvailles avec Tchang, victime d’un accident d’avion au Tibet, un peu trop mièvre à mon goût. Les bijoux de la Castafiore et le vol 714 pour Sydney amorcent le déclin, qui se confirme avec les Picaros. » Les Picaros n’ont plus aucune des qualités qui font qu’on aime Tintin.

1 Pings/Trackback pour "Mon Tintin préféré (et pourquoi celui-là)"
  1. […] ceci le 8 mars, journée internationale des droits  des femmes…), et même si j’admire son travail, je trouve qu’Hergé est resté très conservateur, pour ne pas dire […]

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