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Franquin

Je garde depuis longtemps en mémoire le début d’une aventure de Spirou et Fantasio, image à laquelle je me réfère assez régulièrement. Les crépuscules citadins, les trajets en bus, en train ou en métro, les gens indifférents et mornes que je croise, m’y font immédiatement penser, et je me mets à sourire en revoyant cette géniale introduction de l’album Le gorille a bonne mine.gorilleCette histoire fourmille d’invention et d’humour. Le déguisement de gorille préparé par un taxidermiste (monsieur Dupoil) permettra à Fantasio d’approcher les grands singes pendant le safari photographique qu’il projette avec Spirou, en 2 CV camionnette. Le passage d’une rivière à gué reste un moment d’anthologie. Et c’est un gorille qui prendra la meilleure photo…hippos

Franquin est considéré par de nombreux professionnels de la BD comme l’un des plus grands artistes de son époque. Comme Tintin, Spirou a donné son nom à un journal, ce dernier ayant favorisé l’essor et le succès de nombreux dessinateurs et personnages, tels Morris avec Lucky Luke, Hubinon et Charlier avec Buck Danny, Tillieux avec Gil Jourdan, Peyo avec Johan et Pirlouit, ou encore Mitacq avec la Patrouille des Castors (et toujours Charlier pour les scénarios). Pour ceux qui ne connaissent pas ces BD, je me ferai le plaisir de vous en parler bientôt…

Le premier personnage de Spirou a été créé avant-guerre par un dessinateur français, Robert Velter (dit Rob-Vel), repris par Jijé (Joseph Gillain) pendant la guerre, et par Franquin (André, tout simplement) pour la période dite de l’âge d’or de Spirou, de 1946 à 1968. Après lui, je considère que les histoires dessinées par tous ses successeurs (Fournier, Nic, et Cauvin, Tom et Janry, Morvan et Munuera, Yoann et Vehlmann) ont totalement perdu cet esprit particulier, que je montre ci-dessus dans le gorille a bonne mine. Et je préfère ne pas parler du petit Spirou, summum du mauvais goût et de la vulgarité.

J’ai une affection particulière pour certains albums de Franquin, comme le prisonnier du Bouddha, avec le générateur anti-gravité (G.A.G.), les voleurs du marsupilami, avec le gardien du zoo et le varan du nil, la corne de rhinocéros, cachette incroyable des plans recherchés par Spirou, sans danger pour l’espèce, et les pirates du silence, avec le marsupilami essayant d’amadouer les chats, avant de se mettre à parler.[slideshow_deploy id=’613′]

Mais mon préféré reste QRN sur Bretzelburg, l’un des derniers de cette belle époque. La parution, démarrée en 1961, fut interrompue pendant plus d’une année par la dépression de Franquin, doublée d’une hépatite virale. L’éditeur, Dupuis, propriétaire du personnage de Spirou, avait demandé à Franquin de ne pas reprendre le personnage de Zorglub dans cette nouvelle aventure. Franquin préférait travailler sur les personnages qu’il avait lui-même créés, en l’occurrence Gaston Lagaffe à cette époque. En dessinant ainsi à contre-cœur, il réalise quand même un chef-d’œuvre, dans un esprit antimilitariste et anti-totalitaire, et il reste pour moi le vrai père de Spirou et Fantasio, tous les autres n’étant que de pâles copistes. Il suffit de voir le professeur Kilikil pour s’en rendre compte…qrn

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