Jeux d’Ombres

Par un beau matin ensoleillé, l’ombre d’une plante d’intérieur -un « lucky bambou » légèrement torsadé-, m’a donné envie de la prendre en photo : j’avais l’impression de voir un oiseau. Cette photo m’a ensuite servi pour l’invitation d’une exposition sur les jeux d’ombres, que nous avons mise en place en septembre 2005 au centre culturel  d’Orly (la ville, pas l’aéroport).

jeux d'ombres

L’idée était de présenter ce que c’est qu’une ombre, d’expliquer les phases de la lune, les éclipses, l’utilisation de l’ombre pour mesurer le temps avec les cadrans solaires, de découvrir des illusions, de montrer l’importance de l’ombre dans les arts, la peinture, la littérature, le cinéma, de parler aussi du théâtre d’ombres, bref de tout ce qui accompagne la lumière. L’espace qui nous a été proposé, de forme octogonale, utilisé habituellement pour les expositions, convenait parfaitement pour ce parcours : il suffisait de disposer des rideaux et des écrans, et sur notre demande, la municipalité d’Orly a fait réaliser par ses équipes techniques une quinzaine de meubles en bois dans lesquels étaient montés des tubes au néon, qui éclairaient des deux côtés nos illustrations par des ouvertures au format A4. Nous avons défini les thèmes et le cheminement, et passé ensuite quelques soirées pour préparer le tout.

phases

Les visiteurs entraient dans ce parcours par un premier couloir sombre, débouchant sur la partie astronomique : une boule fixée au plafond, figurant la lune, éclairée par un projecteur, le soleil. En tournant autour, on voyait les différentes phases de la lune, des marques au sol indiquant premier quartier, pleine lune, dernier quartier, nuit sans lune. Sur le côté, une lampe de chevet pouvant pivoter autour d’un axe, montrait l’évolution de l’ombre d’un personnage, de l’aube au crépuscule. Une autre lampe permettait de tester l’ombre d’un cadran solaire, sur le même principe, en fonction de la position du soleil dans la journée. Pour les cadrans solaires, nous étions allés voir le spécialiste du Palais de la Découverte, Denis Savoie, qui nous avait bien conseillé. J’avais également un ensemble de photos de cadrans, on en trouve un peu partout en France (il y en a même un sur notre maison).

En sortant de cet espace, on s’engageait dans un deuxième couloir about duquel se trouvait un grand écran blanc, visible de l’extérieur de l’espace. Un projecteur disposé au ras du sol donnait une ombre du visiteur géante au départ, et de plus en plus petite au fur et à mesure qu’il avançait dans le couloir.

dialogue

L’espace suivant traitait des illusions visuelles, comme par exemple les « vases communicants » : un vase en terre, éclairé par un côté, donnait en projection le profil de deux personnages. Ci-dessus quelques exemples, glanés sur internet, dont le célèbre couple royal de la couronne d’Angleterre (avec le profil du roi et celui de la reine, au troisième rang).

Plus loin encore, un objet fabriqué par mes soins, ayant la particularité d’avoir trois formes d’ombre différentes, selon le plan où il était éclairé. Ombre triangulaire d’un côté, ronde de l’autre, et forme carrée éclairé par au-dessus : je vous laisse imaginer cet objet, avant de vous le montrer…(cliquez ici pour le voir). Cet objet me fait penser à la couverture d’un livre que j’avais lu dans les années 80, « Gödel, Escher, Bach », écrit par un américain, Douglas Hofstadter, qui parlait de paradoxes, de récursivité, d’infini. La couverture montrait une forme donnant l’ombre des trois lettres G, E,B, sur les trois plans x,y et z.

geb

Un peu plus loin, j’ai fabriqué un cube « filaire » avec douze brochettes en bois, collées aux coins du cube. Ce cube, suspendu en l’air par un fil de nylon invisible, était éclairé par deux spots placés côte à côte, l’un rouge, l’autre bleu. L’ombre résultante sur le mur blanc était donc deux cubes décalés, un rouge et l’autre bleu. Avec des lunettes de stéréoscopie, laissées à la disposition des visiteurs, on voyait sur le mur un cube en relief. Le cube bougeait, et l’ombre bougeait également… illusion magique !

cube

Pour le théâtre d’ombre, nous avons tout simplement installé le castelet  qui nous sert pour nos spectacles d’ombres, avec quelques marionnettes. Des ombres chinoises, rapportées de nos voyages, étaient présentées dans les structures en bois qui nous servaient pour délimiter les espaces.

Le clou du spectacle était sur un film réalisé par un peintre suisse, Georges Schwizgebel, « L’homme sans ombre », inspiré d’un court roman d’Aldebert Von Chamisso, français émigré en Prusse au 18ème siècle, qui raconte l’étrange histoire de Peter Schlemihl ou l’homme qui a vendu son ombre.

Vous en trouverez un extrait ci-dessous. C’est un film d’animation extraordinaire.

HSO

 Pour terminer le parcours, nous proposions aux visiteurs de nous laisser leur ombre : une planche enduite de peinture phosphorescente, éclairée pendant une dizaine de secondes, conservait la trace de l’ombre une fois le projecteur éteint…

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