Mes fantômes

Le 31 octobre on fête halloween, le premier novembre la toussaint, et le 2 novembre, la fête des morts. En fait, ces trois commémorations ont une origine commune, une fête celtique, païenne, appelée Samain, dédiée aux culte des morts. On retrouve ces traditions  en Chine avec le Quinjingie, qui consiste à aller nettoyer les tombes des ancêtres, ou le Zhonjuanjie, qui est la fête des fantômes, ou  au Mexique, avec El Dia de Muertos et ses masques de squelettes, le 2 novembre.

catrinasCes anniversaires me font penser aux miens, et plus précisément à ceux que j’appelle mes fantômes, c’est à dire toutes les personnes que je connaissais, qui ont disparu, et qui continuent d’exister dans mes pensées ou dans mes rêves. Même si ce n’est pas très gai, ça fait partie de la vie. Et parler des gens qui ne sont plus là, c’est une façon de ne pas les oublier complètement.brown_lady

Mon premier souvenir d’avoir été confronté à la mort, est celle de mon cousin Pierre, un peu moins âgé que moi. Je crois qu’il devait avoir cinq ans, et moi sept, quand une maladie de la thyroïde, qu’on ne savait pas soigner à l’époque, l’a emporté. Je jouais avec lui, je l’aimais bien, il était mon plus proche cousin. Je me rappelle que ma mère avait dit à cette occasion qu’il était allé tout droit au paradis, comme un ange. Ce qui avait été difficile quelques années plus tard, c’est la mort de son petit frère, pour la même maladie. Je me souviens avoir ressenti une impression d’injustice et d’incompréhension. En fait, on ne pouvait pas en parler dans la famille, c’était trop dur à supporter, surtout pour ma tante et mes cousines, ses sœurs.

Un autre fantôme, c’est ma grand-mère maternelle. Elle était très belle, avait perdu son mari -mon grand-père-  très jeune, de la grippe espagnole. Quand je l’ai connue, elle avait déjà une maladie de Parkinson, avancée, et tremblait de tous ses membres. L’image que je garde d’elle, est d’une vieille dame qui me faisait un peu peur. On me demandait d’aller l’embrasser, mais elle avait du mal à exprimer toute affection envers ses petits-enfants.illusion

Plus tard, quand j’étais étudiant, nous étions un groupe d’amis, et l’un d’eux était passionné d’alpinisme. Il est mort à vingt ans, avec un autre montagnard, dans une cordée, et ça nous a tous bouleversé.

Ça me rappelle l’accident qui nous est arrivé, en revenant d’un week-end au bord de la mer, j’étais à l’arrière d’une Renault 4L, et à la sortie d’un village, un camion nous a foncé dessus. Le chauffeur s’était endormi, et pour éviter la collision frontale, Antoine, qui conduisait la 4L, a donné un grand coup de volant, ce qui a planté la voiture dans un arbre. Le camion est parti s’encastrer dans une maison. Personne n’a été blessé. Je garde juste une petite cicatrice sur le nez de cette collision -il n’y avait pas de ceinture de sécurité à l’arrière à cette époque.citrouille2015

Je pourrais raconter encore d’autres fantômes qui reviennent quelquefois, des neveux, des amis, et bien sûr mes parents, mon frère aîné, et tous ceux de la génération au-dessus, qui sont partis les uns après les autres. Ce sont mes souvenirs, et je sais aussi que chacun a les siens, et n’a pas forcément envie d’en faire étalage. Je sais aussi qu’il est difficile de croire que ces fantômes reviendront un jour, celui du jugement dernier. Nous sommes définitivement mortels, jusqu’à preuve du contraire… et comme disait Woody Allen, « je ne crois pas à la vie après la mort, mais j’emmènerai quand même des sous-vêtements de rechange » ou « l’éternité, c’est long, surtout vers la fin ».

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