À la manière de…

J’ai toujours dans ma bibliothèque un livre de poche intitulé « À la manière de », recueil de pastiches de grands auteurs, concoctés par Paul Reboux et Charles Muller. Je m’amuse encore beaucoup à lire et relire certains passages, même si cela a quelque peu vieilli. Écrits entre 1908 et 1950, les textes concernent des écrivains dont certains ont disparu des rayonnages. Mais on retrouve les plus grands, qu’on a étudié ou apprécié pendant ou après la scolarité : par exemple Tolstoï, avec l’histoire d’Ivan Labibine Ossouzoff, touché par la grâce, recueillant chez lui les prostituées de la Perspective Newsky, avec cette phrase inoubliable, annotée par le soit-disant traducteur « …leur présence sanctifiait l’isba, dans laquelle régnait une odeur perpétuelle de ragoudvo.*  »   (*sainteté).

Alamaniere

L’Histoire Naturelle de Buffon est ainsi augmentée, tout en  conservant le style dix-huitième siècle du grand naturaliste, avec les descriptions d’animaux tels que le Pou, la Punaise, ou la Puce : la larve de la puce est nommée prépuce, le mâle de la puce étant bien évidement le puceau, qui  contrairement à la renommée d’ignorance que la malignité publique attache à ce terme, accomplit ses devoirs d’une manière qui ne mérite aucun reproche.

On découvre une tragédie inédite de Racine, commentée par M. Libellule, Professeur de troisième classe au Lycée de Romorantin. On y retrouve les alexandrins célèbres Et dans son sein vingt fois ce fer a repassé, ce dernier commenté par le rappel du vers de Corneille Et le désir s’accroît quand l’effet se recule (Polyeucte, A1, 1). Quelques lignes plus loin, ce dialogue, avec toujours sa note en bas de page :

     Adjupète
À découvrir son nom tout mon zèle s’ajuste.
Serait-ce l’Empereur ?
     Antoine
                                     C’est lui tout juste…
     Adjupète
                                                                  Auguste ! *

*Cette fin d’hémistiche est devenue populaire

Paul Reboux et Charles Muller écorchent ainsi avec délectation nos grands auteurs classiques et modernes. Ils signalent qu’une traduction en français des œuvres de Stéphane Mallarmé est en cours, et que cette entreprise, en raison des recherches qu’elle nécessite, n’aboutira pas avant de longues années. Les auteurs de romans policiers ne sont pas épargnés, et une nouvelle de Conan Doyle inédite se termine par une énigme posée à Sherlock Holmes, concernant un bateau dont on connaît le gréement, le tonnage et la cargaison : il s’agit de trouver l’âge du capitaine.

Je viens de voir au théâtre une pièce de Maeterlinck, « Les aveugles », qui se passe dans la pénombre. Dans le pastiche de ce dramaturge franco-belge, intitulé Idrofile et Filigrane par Reboux et Muller, on retrouve les éléments constitutifs des spectacles et des mises en scène de l’auteur : en voici un extrait (du pastiche, pas de la pièce originale).

Le mendiant
Je ne vois pas mon chien
Les servantes
Nous n’avons pas vu votre chien
Idrofile
Vous avez un chien ?
Le mendiant
Vous n’avez pas vu mon chien ?
Les servantes
Quelqu’un a-t’il vu son chien ?

etc. etc.

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